Les Français de Côte d’Ivoire disent non à Sarkozy

Posted on 23 décembre 2010

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Alors que la situation se normalise progressivement dans le pays, après la marche insurrectionnelle organisée la semaine dernière par le Rhdp et la rébellion, Nicolas Sarkozy demande aux Français vivant en Côte d’Ivoire de quitter provisoirement le pays. «Nous réitérons notre recommandation aux Français sur place de se conformer aux consignes de prudence. (…) Et par mesure de précaution, nous recommandons enfin à tous les Français qui le peuvent de quitter provisoirement la Côte d’Ivoire dans l’attente d’une normalisation de la situation». Telle est la déclaration faite hier par le porte-parole du gouvernement français, François Baroin, au sortir d’une réunion sur la crise ivoirienne à laquelle Nicolas Sarkozy a convié un nombre restreint de ses collaborateurs. Notamment le Premier ministre François Fillon, les ministres Michèle Alliot-Marie des Affaires étrangères,  Alain Juppé de la Défense, François Baroin du Budget et le chef d’état-major des armées, l’amiral Édouard Guillaud.

Bernard Sadet : «Une consigne idiote»

Une décision très mal accueillie par l’ensemble de la communauté française vivant en Côte d’Ivoire qui ne cache pas son agacement face aux ingérences répétées de Paris dans les affaires intérieures de la Côte d’Ivoire. Par la voix de Bernard Sadet, président de l’association Français du Renouveau et élu de l’Assemblée des Français de l’étranger, ils ont tenu à dire « non » aux manœuvres de Nicolas Sarkozy qui devient le vrai problème de la Côte d‘Ivoire. Selon lui, «il n’y a rien d’affolant » même si la situation peut se dégrader à tout moment. «On reste et on va voir ce qu’il va se passer», a répondu Bernard Sadet au gouvernement français dont il juge la consigne «idiote». «On n’envoie pas un message comme ça, qui va inquiéter les gens», a-t-il interpellé Nicolas Sarkozy et son gouvernement. Du côté de l’association Français du Monde (ADFE), l’indignation est à son comble. Son président Abass Zein, dit être «au travail, tranquillement ». «Je n’envisage pas du tout de m’en aller. Nous surveillons les choses et nous suivons les consignes du gouvernement ivoirien», a soutenu l’homme d’affaires qui explique que la situation telle qu’elle est relatée dans les médias est «loin de la réalité des Français de Côte d’Ivoire». Un point de vue partagé par l’ensemble des Français de Côte d’Ivoire qui demandent à Nicolas Sarkozy d’avoir de la retenue et de se garder d’initiatives de nature à mettre leurs vies en péril.

Paris dans le rôle du pyromane

La décision de Paris contraste avec l’évolution de la situation sur place. En effet, la levée du couvre feu et le risque de violences ou d’affrontements entre populations s’amenuisent de jour en jour. La reprise des activités est effective tant dans l’administration que dans le monde des affaires. Il est vrai que beaucoup reste à faire pour que la situation se normalise définitivement, dans un pays où les leaders de la rébellion politico-armée se sont retranchés dans un hôtel d’où ils appellent à la désobéissance civile. Mais l’appel de Paris à ses ressortissants suscite de la curiosité des observateurs de la scène politique ivoirienne. Craignant de voir la pression sur Laurent Gbagbo retomber, Nicolas Sarkozy – qui s’est fixé comme objectif de faire partir Laurent Gbagbo du pouvoir à tout prix – tente d’actionner la Cedeao pour une intervention militaire.

Si pour De Gaule un Etat n’a pas d’ami, il n’a que des interêts, pour Sarkozy les interêts privés sont prioritaires par rapport à ceux de l’Etat. Sinon comment comprendre qu’on veuille soutenir un ami au point d’en arriver à brûler tout un pays et à detruire toute une nation ?

In Le Nouveau Courrier N°161 du 23 Décembre 2010 par Emmanuel Akani

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