La mise en garde d’un député sarkozyste

Posted on 28 décembre 2010

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La position officielle de la France sur la situation ivoirienne n’est pas partagée par l’ensemble des parlementaires. À gauche, certains élus, comme Henri Emmanuelli, François Loncle ou l’ancien ministre Hubert Védrine, s’interrogent. Au sein de l’UMP aussi, certains députés estiment que la position de la France devient dangereuse pour ses intérêts en Afrique. Didier Julia, député UMP de Seine-et-Marne et membre de la commission des affaires étrangères, nous a fait savoir qu’il a sondé ses collègues et que 30 à 40% d’entre eux commençaient à changer de ligne. Il a décidé de briser la chape de plomb et il a accordé son premier entretien sur cette affaire à Kernews, mardi 28 décembre, au micro de Yannick Urrien.

Kernews : Tous vos collègues parlent de l’accrochage que vous auriez eu avec Michèle Alliot-Marie lors de la dernière réunion du groupe UMP de l’Assemblée nationale, quelques jours avant Noël… Que s’est-il passé ?

Didier Julia : J’ai eu l’occasion, lors de la réunion du groupe UMP qui rassemble tous les députés, en l’absence de François Fillon, de poser trois questions à Madame Alliot-Marie, ministre des Affaires étrangères. Ma première question était de savoir pourquoi la France s’engage-t-elle au premier plan dans un problème de politique intérieure qui concerne la Côte d’Ivoire. La deuxième question : pourquoi le gouvernement français envisage-t-il de prendre des mesures de rétorsion à l’égard de l’entourage du président sortant de Côte d’Ivoire, qui serait à Paris, en leur retirant leurs visas et leurs passeports, alors que cela peut mettre en danger les 15 000 Français qui sont en Côte d’Ivoire et qui subiraient la même procédure. La troisième question : si les soldats français devaient ouvrir le feu sur des Ivoiriens pour un problème de politique intérieure ivoirienne, ce serait une abominable image pour la France, un recul de 50 ans, époque de la canonnière de la colonisation. Au XXIème siècle, ne serait-ce pas vraiment une régression du point de vue historique ? Ces trois questions ont suscité une colère extrêmement violente de Madame Alliot-Marie et cela m’a beaucoup étonné de la part d’un ministre qui se présente comme étant de tradition gaulliste. Le fait pour la France de s’identifier à la position américaine, qui est anti Gbagbo, parce qu’ils n’ont jamais pu conquérir les marchés de Côte d’Ivoire, ce n’est pas une position gaulliste. La position gaulliste, c’est d’abord le respect des pays et de leur indépendance. Ensuite, nous ne sommes pas des supplétifs des Américains dans la politique mondiale. J’ai été frappé par cette réaction passionnelle. J’ai eu l’occasion de passer une note au premier ministre François Fillon en lui disant que l’intérêt de la France et la morale en politique voulaient que nous laissions les pays de l’Union africaine s’occuper de la Côte d’Ivoire et que ce n’était certainement pas à l’ancienne colonie d’imposer son point de vue. Le premier ministre partage tout-à-fait cette approche du problème ivoirien.

Selon certaines indiscrétions émanant de vos collègues, Michèle Alliot-Marie, en privé, aurait des doutes sur la sincérité du scrutin annoncé par l’ONU… Qu’en pensez-vous ?

Notre problème, ce n’est pas d’être pro Gbagbo ou pro Ouattara… Nous nous interrogeons tous en commission des affaires étrangères et je peux dire que l’opinion majoritaire, de tous ceux qui s’intéressent au problème, est de dire qu’il y avait d’un côté une commission soi-disant indépendante, qui était sous le contrôle des Américains, en tout cas sous le contrôle des opposants au président Gbagbo et, de l’autre, un Conseil constitutionnel dont on dit que ce sont des amis de Monsieur Gbagbo, mais c’est quand même le Conseil constitutionnel… Par conséquent, je connais le nord de la Côte d’Ivoire qui est entre les mains de chefs de guerre qui pratiquent, comme chacun sait, le racket sur le coton et le diamant, et il était impossible aux populations qui sont sous leur tutelle de voter autrement que ce qu’elles ont voté. Donc, le problème de la légalité discutable dans le Nord est un réel problème.

Nous avons reçu des témoignages précis d’assesseurs représentant le candidat Gbagbo qui ont dû quitter le bureau de vote à 9 heures du matin parce qu’on les menaçait avec une kalachnikov…

Oui, au sein de la commission indépendante aussi, il y avait deux assesseurs représentant le candidat Gbagbo, contre dix, et ils ont aussi fait l’objet de menaces. Par conséquent, les conclusions de la commission indépendante posent vraiment un problème. Mais je n’en veux pas à Michèle Alliot-Marie. C’est une femme pour laquelle j’ai de l’amitié et une certaine admiration. Ce qui m’inquiète plutôt, c’est qu’elle incarne une tradition gaulliste et, si son attitude l’amenait à soutenir aveuglément le point de vue américain et à ne pas respecter la réalité du scrutin pour des raisons qui m’échappent, eh bien, je dis que son image en pâtirait.

Comment analysez-vous l’influence des médias sur ce dossier ? Il n’y a aucune explication précise sur le fond de l’affaire, on n’entend aucun discours contradictoire, mais une dialectique de guerre et de diabolisation…

Les médias agissent de la même façon dans tous les domaines. Tout le monde a hurlé contre Éric Woerth en le qualifiant d’escroc, de voleur, de menteur, de truqueur, de profiteur… Aujourd’hui, plus personne n’en parle. Lorsqu’ils s’apercevront tous qu’ils se sont trompés, il y en a pas un qui aura l’honnêteté de le dire. Il y aura une petite ligne disant que Monsieur Woerth n’était finalement pas concerné par les problèmes sur lesquels il était critiqué. J’ai connu cela à propos de l’affaire irakienne : ils se sont déchaînés contre nous pendant dix jours ! Le procureur général et les juges ont conclu que l’accusation de collusion avec une puissance étrangère pour intenter aux intérêts fondamentaux de la France était une affaire purement ubuesque et sans fondement. Nous avons été totalement relaxés et nous avons eu droit à trois lignes dans les journaux… Regardez, toute la presse s’est déchaînée sur le problème des retraites. A l’étranger, certains pensaient que la France était sens dessus dessous et que c’était la révolution dans la rue… Tout le monde nous interrogeait sur le désordre de la société française et plus personne ne parle des retraites aujourd’hui ! Dans la presse française, tout le monde va dans le même sens et, lorsqu’ils feront marche arrière, on va passer à autre chose…

Ecoutez tout l’entretien

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